Nous en sommes cette année au 8e Colloque des adultes en formation. Comme vous le savez peut-être, c’est au cours du 3e Colloque, en 2005, il y a donc cinq ans presque jour pour jour, qu’a été officiellement créé le Mouvement québécois des adultes en formation. J’aimerais profiter de l’occasion pour faire le point sur l’état de notre Mouvement, les défis que nous souhaitons relever, les limites de notre action, mais aussi l’importance de persévérer dans nos efforts.
Notre principale revendication, je pense, c’est de permettre une plus grande participation des adultes à tous les aspects de la vie dans leur établissement d’enseignement : les règles et le code de vie, bien sûr, mais aussi les méthodes pédagogiques, l’évaluation de l’enseignement, l’encadrement et le soutien ainsi que la qualité des services, pour nommer les principaux éléments. Nous devons également intervenir pour influencer les politiques et les programmes publics en éducation. En toile de fond de ces objectifs, nous ne pouvons ignorer que l’éducation des adultes, malgré les beaux discours sur l’éducation tout au long de la vie, ne fait pas partie des priorités du gouvernement pas plus d’ailleurs que de l’opinion publique. Pour emprunter une image au baseball, nous nous présentons au marbre avec une prise.
L’histoire de l’éducation au Québec témoigne que c’est principalement par leurs associations que les étudiants et les étudiantes ont obtenu des améliorations à leurs conditions de vie et d’études. À cet égard, l’état actuel des lois et des règles limite singulièrement la possibilité des étudiants adultes de créer leurs propres associations étudiantes.
Il serait trop long d’expliquer ici les obstacles techniques qui sont en cause, mais je rappellerai simplement que, malgré l’existence de la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants, qui facilite en principe la création d’associations étudiantes dans les cégeps et les universités, il n’existe aucune association d’étudiants adultes au collégial et un tout petit nombre dans les universités.
Pour ce qui est des centres d’éducation des adultes et des centres de formation professionnelle des commissions scolaires, la Loi sur l’instruction publique prévoit la création de comités d’élèves, mais ceux-ci ont d’abord été conçus pour les jeunes du secteur régulier, qui sont en majorité d’âge mineur. Les pouvoirs de ces comités d’élèves sont donc limités et dans de nombreux cas, il n’existe tout simplement pas de comité d’élèves dans les CEA et les CFP, malgré les prescriptions de la Loi.
Faute d’associations étudiantes minimalement structurées, les adultes ont peu de ressources financières et humaines pour défendre leurs droits et leurs intérêts. Cette limite est douloureuse pour le MQAF, car en pratique, nous n’avons pas les moyens d’intervenir directement sur le terrain, dans les quelque 400 CEA et CFP qu’on dénombre au Québec. Notre influence dans les cégeps est encore plus marginale.
Faut-il en conclure que le MQAF n’a pas de raison d’être? Loin de moi cette idée. Si nos possibilités d’action dans chaque établissement sont limitées, il reste que nous sommes maintenant intégrés et reconnus dans le monde de l’éducation des adultes, et que nous sommes en mesure d’intervenir auprès des pouvoirs publics sur des questions qui concernent tous les étudiants adultes, ou au moins une partie importante d’entre eux. Au cours de la dernière année, nous l’avons d’ailleurs fait pour le régime de l’aide financière aux études du ministère de l’Éducation et pour la réforme du diplôme d’études secondaires en éducation des adultes, deux documents qui sont inclus dans votre Cahier du participant et qui découlent des travaux de nos colloques antérieurs. Dans les deux cas, c’est le Conseil supérieur de l’éducation qui nous a invités à participer à la consultation.
La tenue de notre colloque annuel participe de la raison d’être du MQAF. Notre site Internet contient un nombre significatif de textes, dont évidemment notre programme politique, qui ont tous pour source directe les discussions en ateliers et les délibérations en assemblée générale de nos colloques antérieurs. Il y a bon nombre d’acteurs en éducation des adultes, tous essentiels d’ailleurs, mais ce qui est principalement exposé sur notre site Internet, c’est le point de vue des premiers concernés, les étudiants adultes eux-mêmes, un point de vue riche de témoignages passionnés et lucides. Ce point de vue est irremplaçable et, à ma connaissance, il n’existe pas présentement d’alternative au MQAF pour le formuler et le véhiculer.
Ce que nous avons fait en 2005 en créant notre Mouvement, c’est semer une graine. Cinq ans plus tard, une plante est sortie de terre, mais elle est encore petite et fragile. Nul ne peut prédire ce qu’il en adviendra à moyen et à long terme. Pendant de longs moments, nous trouverons qu’elle ne croît pas assez vite, mais qui sait, elle aura peut-être une fulgurante poussée de croissance à l’adolescence. Dans l’histoire humaine, il a généralement fallu beaucoup de patience et de ténacité pour transformer, pour améliorer les sociétés. Le MQAF n’échappe pas à cette réalité, mais nos faibles moyens ne doivent pas nous faire oublier la noblesse et l’importance de nos objectifs.
De façon très concrète, il y a une chose que vous pouvez faire à court terme pour notre Mouvement : convaincre le comité d’élèves de votre école d’adhérer officiellement au MQAF. C’est gratuit et cela contribuera à jeter les bases d’un réseau qui nous donnera éventuellement une plus grande capacité d’action. Un feuillet de votre Cahier du participant contient de l’information à ce sujet et notre site Internet, facile à consulter, explique le mode d’emploi.
Enfin, puisque j’ai évoqué nos ressources limitées, je m’en voudrais de ne pas remercier les principaux organismes qui nous soutiennent financièrement, dans bien des cas depuis plusieurs années. Sans leur contribution, je ne crois pas que nous aurions atteint le 8e Colloque des adultes en formation. Donc, mes sincères remerciements aux organismes suivants : l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICÉA), l’Association générale des étudiants et étudiantes de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal (AGEEFEP), la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente (FAEUQEP), l’Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ), la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), l’Association générale des étudiant(e)s hors campus de l’Université du Québec à Trois-Rivières (AGEHCUQTR), Orléans Express, l’hôtel Days Inn Montréal Centre-ville, la Commission scolaire de Montréal (CSDM), le rectorat de l’Université de Montréal et la Faculté de l’éducation permanente de ce même établissement.
Sur ce, je vous souhaite un excellent colloque.